William Tyndale naquit dans le Gloucestershire en Angleterre en 1594.
En 1515, à l’âge de 21 ans seulement il est admis comme maître de chaire à l’université d’Oxford et est ordonné prêtre en 1521.
Bien que l’anglais soit la langue courante aux jours de Tyndale, toute instruction religieuse est donnée en latin. C’est la langue de l’Église et de la Bible.
Le traducteur
Helléniste et grécisant émérite, Tyndale affirme: “Si Jérôme lui-même a traduit la Bible dans sa langue maternelle, pourquoi n’en ferions-nous pas autant ?” Pourquoi refuserait-on au peuple anglais de lire la Bible dans sa langue une traduction fidèle et à jour du texte grec du Nouveau Testament ?
En 1523, après un long passage à l’université Cambridge, Tyndale part pour Londres pourvu d’une lettre de recommandation, dans le but d’obtenir de l’évêque Cuthbert Tunsta, l’autorisation de traduire la Bible.
L’assentiment de lévèque est indispensable car il est absolument interdit de traduire la Bible en langue ordinaire la Bible à moins de bénéficier d’une approbation épiscopale.
En effet en1408 un concile s’était réuni à Oxford, et stipulait entre autres: “ Nous décrétons et ordonnons que désormais aucune personne non autorisée ne traduise aucune partie des Saintes Écritures en anglais ou en aucune autre langue (…) sous peine d’excommunication, jusqu’à ce que ladite traduction soit approuvée soit par l’évêque du diocèse, soit par un concile provincial, selon les circonstances.”
Espérant que l’évèque accepterait de patronner sa traduction des Écritures, Tyndale lui soumet une traduction de l’un des discours d’Isocrate, un texte grec difficile comme démonstration de ses capacités.
La persécution s’installe
Mais le clergé local haît William Tyndale et se méfie de lui. Tyndale est particulièrement suspect à ses yeux. En effet, quelque temps auparavant, Tyndale n’avait pas craint de critiquer ouvertement l’ignorance et l’hypocrisie du clergé.
John Stokesley, le futur remplaçant de Cuthbert Tunstall à l’évêché de Londres s’associe à ce dernier et à d’autres émminents ecclésiastiques dans leur opposition à William Tyndale.
Comment ce dernier ose-t-il braver l’Eglise qui elle, désire cacher la Bible au peuple vulguaire ?
Un écclésiastique va jusqu’à affirmer : “Il vaudrait mieux nous passer des lois de Dieu que de celles du pape!
”La réponse de Tyndale est cinglante : “Je défie le pape et toutes ses lois. Si Dieu me prête vie, avant longtemps je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que vous.”
A vrai dire ce n’était pas très difficile car à cette époque la plupart des « écclésiastiques sont de véritables ignorants. Sur 311 ecclésiastiques interogés par l’évêque de Glousheter à l’époque d’Edouard VI (1547-1553), 168 étaient incapables de citer les Dix Commandements et 31 inaptes à les trouver dans la Bible. Quarante n’étaient pas en mesure de réciter le Notre Père et une quarantaine ne savaient pas qui a énoncé cette prière.
Accusé d’Hérésie
Injustement accusé d’hérésie, Tyndale comparaîtra devant l’administrateur du diocèse de Worcester. Tyndale, y fut traitécommel un chien et injurié et sérieusement menacé. Toutefois et contre toute attente, il fut libéré dans l’attente d’une nouvelle action.
Aussi, en 1524 Humphrey Monmouth, un gros négociant de Londres et ami de William offrit généreusement à Tyndlae une forte somme d’argent pour l’aider àquitter l’Angleterre et se réfugier à Hambourg en Allemagne. Monmouth sera arrêté pour l’assistance prêtée à Tyndale, et après un interrogatoire sous la otrture, il fut écroué à la sinistre Tour de Londres.
Dès arrivé en Allemagne Tyndale s’attelle à la traduction des Écritures grecques, mais il est trahi par John Dobneck et la traduction de Tyndale est retirée des presses.
En danger de mort, Tyndale et son assistant William Roye se réfugient, à Worms, où ils achèvent le travail. La première édition du Nouveau Testament de Tyndale est tirée à 6 000 exemplaires.
Dissimulés dans des balles de vêtements ou d’autres marchandises, les Bibles pénètrent clandestinement en Angleterre.
Le succès de la nouvelle traduction
La possibilité de lire la Bible dans sa propre langue soulève l’enthousiasme en Angleterre. Le peuple s’empresse d’acheter tous les exemplaires qui entrent dans le pays en contrebande. Les membres du clergé savent que si la Bible vient à être considérée comme l’autorité ultime ils perdront à coup sûr leur position.
Dans une lettre à John Frith, un collaborateur qui sera brûlé à Londres par Stokesley, Tyndale écrit: “Jamais je n’ai falsifié ne serait-ce qu’une syllabe de la Parole de Dieu, et je n’y consentirais pas davantage aujourd’hui, quand bien même on m’accorderait tous les plaisirs, les honneurs et les richesses du monde.”
Il était très attentif au contexte et évitait d’ajouter ou de retrancher ne serait-ce qu’un seul mot au texte original, alors que la majorité des traducteurs de l’époque recouraient volontiers à des periphrases.
Tyndale choisissait chaque mot avec soin et exactitude.
Par exemple, en Genèse 3:15, sa traduction dit deux fois ‘écraser’, l’une en parlant de la postérité de la femme, l’autre de celle du serpent.
Alors que la médiocre Vulgate, rédigée en latin obscurcie le texte sacré, la version de Tyndale rédigée à partir du grec, la langue originale, rend pour la première fois le message de la Bible en des termes clairs accessibles au peuple anglais. Par exemple, en 1 Corinthiens chapitre 13, Tyndale choisit de traduire le grec agapê par le mot “amour”, au lieu de “charité”. Pour le clergé, la mesure est comble quand “ancien” et “repentance” apparaissent en lieu et place de “prêtre” et “faire pénitence”, un choix de traduction qui dépouille l’Église des pouvoirs sacerdotaux qu’elle s’arroge. En fait la Bible de Tyndale était une version très moderne et très précise de la Parole de Dieu.
Tyndale défend en outre la notion de résurrection de la chair, rejetant comme non biblique le purgatoire au ciel. Il soutient la conclusion légitime que les morts restent inconscients jusqu’à leur future résurrection, et donc qu’il est inutile d’adresser des prières à Marie et aux saints : « ils ne peuvent en effet, étant inconscients, ni entendre ni faire intercession ». — Psaume 146:4 ; Ecclésiaste 9:5 ; Jean 11:11, 24, 25. Au sujet des humains décédés, il écrit à Thomas More : “ En les faisant aller au ciel, en enfer ou au purgatoire, vous réduisez à néant les arguments avancés par le Christ et Paul pour prouver la résurrection.” ( Matthieu 22,30-32 ; 1 Corinthiens 15,12-19).
Si l’on considère les effets qu’ont eus l’œuvre de Tyndale et ses qualités, ce commentaire récent résume bien son travail: “L’honnêteté de Tyndale, sa sincérité et son intégrité scrupuleuse, sa franchise, la simplicité magique de ses phrases et leur musique sans prétention ont donné à ses tours un poids qui s’est imposé à toutes les versions ultérieures. (…) Neuf dixièmes du Nouveau Testament autorisé [King James Version] sont encore dus à Tyndale, et la meilleure version demeure la sienne.” — The Bible in Its Ancient and English Versions, page 160.
Mais le stratagème de pénétration des Bible en Angleterre est vite découvert et le 11 février 1526, de nombreux évêques et dignitaires de l’Église dont le cardinal Wolsey, assistent devant la cathédrale Saint Paul de Londres, à “un autodafé de pleins paniers de livres”, dont la précieuse traduction de Tyndale.
Vers la fin de mai, un décret royal, appuyé par le clergé, rangea les traductions de l’Écriture faites par Tyndale parmi les livres pernicieux ; “Détestez-les, ayez-les en horreur ; ne les gardez pas dans vos mains, remettez-les à vos supérieurs qui vous le demandent. Les prélats de l’Église, ayant soin et charge de vos âmes, doivent vous y contraindre, et votre prince vous punir et vous châtier.”disait le décret. Des efforts considérables furent déployés pour détruire les traductions, tant en Angleterre qu’à l’étranger.
En 1527, William Warham, archevêque de Canterbury, découvrit un nouveau stratagèmepour tenter de contrer Tyndale :Acheter les Nouveaux Testaments du traducteur avant qu’ils n’atteignent le public. Tunstall utilisa le même procédé, et, à eux deux, ils détruisirent quantité de volumes. Quel en fut le résultat? Tyndale déclara: “Je vais pouvoir payer mes dettes, tandis que le monde entier s’indignera de voir brûler la Parole de Dieu. Le surplus me permettra de me consacrer davantage à la correction du Nouveau Testament.” Il reçut assez d’argent pour imprimer de nouveaux exemplaires de sa traduction et pour en faire une révision. Aucune des mesures prises par le clergé ne pouvait empêcher la propagation de la Parole de Dieu.
Sans se laisser intimider, Tyndale continua d’imprimer sa traduction, dont les exemplaires saisis étaient à chaque fois confisqués et brûlés par le clergé anglais.
La trahison
Constamment traqué par l’Église et par l’État, Tyndale se cache finalement à Anvers en Belgique et continue son travail. Il réserve cependant deux jours par semaine à ce qu’il appelle son passe-temps : l’aide aux autres réfugiés anglais, aux pauvres et aux malades, à laquelle il consacre la majeure partie de ses ressources.
De 1526 à 1528, Tyndale écrit plusieurs ouvrages (The Parable of the Wicked Mammon, The Obedience of a Christian Man, et The Practice of Prelates), tout en poursuivant ses travaux de traduction.
Nombre de publications dévoilaient le clergé. Par exemple, son The Obedience of a Christian Man contestait l’autorité du pape, condamnait la richesse du clergé et dénonçait encore d’autres abus. Dans ce livre il écrivit: “Ils disent que la Bible ne peut pas être traduite dans notre langue, car celle-ci est trop rude. Mais il y a moins de rudesse dans notre langue que de fourberie chez ces hommes. (…) S’ils menacent le peuple et lui interdisent de lire l’Écriture, ce n’est pas par amour pour vos âmes (…), car ils vous permettent en revanche (…) de lire Robin des Bois (…) et des histoires d’amour impudiques (…), parmi les plus répugnantes qu’un cœur puisse imaginer, pour corrompre l’esprit de la jeunesse.”
On avait fait de nombreux efforts pour trouver Tyndale et pour l’arrêter, mais tous ces efforts restèrent vains jusqu’en mai 1535, jour où Henry Phillips, un Juda Anglais à la solde du clergé, gagna traîtreusement la confiance de Tyndale.
Le bibliste fit la connaissance d’Henry Phillips lors d’un repas chez des intimes. Phillips gagna la confiance de l’érudit malgré les avertissements et les soupçons de son ami Thomas Poyntz, qui l’hébergeait. Phillips vint le trouver et l’invita pour un repas. Ils quittèrent ensemble la maison puis s’engagèrent dans un passage étroit. Phillips passa derrière Tyndale et, quand ils débouchèrent de la ruelle, il le désigna à des officiers qui se jetèrent sur lui et l’arrêtèrent.
Ainsi trahi William Tyndale fut enfermé au château de Vilvorde, à une dizaine de kilomètres au nord de Bruxelles, où il resta jusqu’à octobre 1536 où il fut étranglé. Son corps fut ensuite publiquement brulé sur un bucher et réduit en cendres.
Avant de mourir ce juste s’écria: “Seigneur, ouvre les yeux du roi d’Angleterre ! ”
Il avait 42 ans.
C’est ainsi que William Tyndale paya de sa vie le privilège de donner au peuple anglais une excellente Bible facile à comprendre.
Le biographe Robert Demaus écrivit que “Tyndale se distinguait à tout moment de sa vie par son honnêteté et sa hardiesse”.
En 1546, alors que seule une élite était capable de lire le latin le concile de Trente réitéra l’injonction d’utiliser la mauvaise Vulgate latine de Jérôme, à l’exclusion de toute autre version.
Le succès à titre postume
Mais l’histoire est entre les mains du Seigneur; et en 1537, soit moins d’un an après le martyre on présenta au roi Henri VIII une Bible connue sous le nom de Matthew’s Bible, qui n’était rien d’autre que la version de Tyndale, et celui-ci autorisa sa diffusion.
Le roi décréta qu’on pourrait la vendre et la lire librement dans son royaume. En 1538, en froid avec l’Egluse Catholique, ce même roi ordonna qu’une Bible soit placée dans chaque église d’Angleterre, et en 1541 l’affaire atteignait le comble de l’ironie lorsqu’on édita une édition de la Bible connue sous le nom de Great Bible (une révision de la Matthew’s Bible), édition qu’on ordonna de mettre dans toutes les églises d’Angleterre, sur la page de titre figurait cette déclaration: “Examiné et lu sur l’ordre de son Altesse royale par les très Révérends Pères en Dieu Cuthbert, évêque de Durham, et Nicholas, évêque de Rochester.” Oui, cet “évêque de Durham” n’était autre que Cuthbert Tunstall, l’ancien évêque de Londres qui s’était opposé avec tant d’acharnement au travail de Tyndale, et qu’il approuvait maintenant la parution de la Great Bible, qui comme déjà dit n’était autre que la version de Tyndale.
Il est interessant de noter que la King James Version que nous utilisons aujourd’hui a conservé presque mot pour mot l’excellente traduction de William Tyndale.
Tyndale et d’autres ont travaillé dans la vallée de l’ombre de la mort (Ps. 23). Mais en rendant la Bible accessible à de nombreuses personnes dans leur langue natale, ils leur ont ouvert la perspective, non de mourir, mais de vivre éternellement. Jésus a dit en effet: “Ceci signifie la vie éternelle: qu’ils apprennent à te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.” (Jean 17, 3).

25/06/2009 à 06:15
que DIEU suscite en nos coeur une véritable soif de vérité